Exposition « Sacrebleu » à Arras : Peut-on réussir à faire une exposition sur une couleur ?

« Sacrebleu »

« Le bleu dans les arts du Moyen âge à nos jours »

Peut-on réussir à faire une exposition sur une couleur ?

Le bleu est une couleur bien loin d’être anodine car elle tient dans l’art une place royale et sacrée. Que ce soit dans la peinture, la porcelaine ou même la sculpture, le bleu est une couleur incontournable tant par sa beauté que par sa difficulté de l’obtenir il y a des années car le bleu ne pouvait pas être conçu à partir de plusieurs couleurs. Il fallait pour cela avoir recours aux éléments bleus qui se trouvait dans la nature comme les minerais (saphir, turquoise ou lapis-lazuli) ou les végétaux. Au fil des des siècles, le bleu a fasciné de nombreux artistes et fascine encore les artistes d’aujourd’hui. C’est pourquoi la couleur a été choisie comme thème central de l’exposition au Musée des Beaux-Arts d’Arras, « Sacrebleu Le bleu dans les arts du Moyen Âge à nos jours ».

Pour mettre en place cette exposition, le musée a dû emprunter des œuvres en rapport avec sa couleur thème à d’autres musées (ainsi qu’à des collectionneurs privés) et faire appel à des scénographes qui ont dû user de leur talent pour pouvoir créer l’immersion du visiteur dans l’univers de cette mythique couleur. Mais après en avoir fait la visite, quelles conclusions pouvons-nous en tirer ? L’exposition est-t-elle une réussite ?

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(Affiche de l’exposition)

 

Scénographie, disposition des salles et des œuvres : la traversée du sujet

Première remarque de cette exposition, rien n’a était laissé au hasard ! Les murs par exemple sont bleu foncé dans les premières salles avant de verser sur le blanc, un exemple qui nous plonge déjà dans l’atmosphère de cette couleur froide. Dans le musée, l’exposition ne s’étale que sur quelques salles parfois « coupée en deux » afin d‘exposer deux sujets différents. Car en effet, le thème est décortiqué en plusieurs parties dont trois générales :

  • L’origine du bleu : « Qu’est-ce que le bleu ? »
  • Son rapport à la société : « Le bleu, fait de société »
  • Son rapport au rêve : « Le Bleu, invitation au rêve »

A chaque partie, une pancarte annonce le sujet en rapport avec les œuvres présentes. (Exemples de pancartes ci-dessous)

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Les œuvres sont disposées de manière classique à savoir derrière des barrières vitrées ou accrochées au mur, surement pour représenter l’austérité et le sérieux de cette couleur. L’ordre de la visite et de la découverte de couleur se fait ainsi : d’abord les origines du bleu (les différentes nuances, comment a-t-on pu obtenir cette couleur) et ces différentes utilisations à travers le temps. Il s’agit d’une vue générale sur de nombreuses œuvres d’artistes anciens ou contemporains et d’œuvres de tous horizons. Nous pouvons donc admirer plusieurs types d’œuvres : tableaux, vêtements, bijoux, sculptures, céramique, porcelaine.

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(Montre bleue) (Arman, Théière, pot à lait, sucrier, tasse et sous-tasse, série Demi Tasse, 1990)

Dans les deux prochaines grandes salles, on avance plus en détail, et de manière historique, le bleu dans les arts en passant par la symbolique de la couleur et de sa relation au domaine sacré. Les œuvres principales sont des tableaux et des extraits de livres bibliques.

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(Entourage de Jan Van Scorel ? La Mise au tombeau, vers 1530-1540 ; Huile sur bois, 151,5 x 208,5 cm ; Musée des beaux-arts d’Arras, inv. 907.14) & (Camoens, Portrait du Dauphin (fils de Louis XVI), XVIIIe siècle ( ?))

On enchaîne ensuite sur le bleu et son rapport à la froideur, la tristesse et la mélancolie qui s’exprimera à travers les arts de la photographie et de la musique comme le blues.

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(Jean-Michel Alberola, Rien (Argon), 2012 Néon dans une boîte en plexiglas, 25 x 35 x 8 cm Courtesy Galerie Daniel Templon, Paris Bruxelles) & (Bernard Rancillac Sans titre (Billie Holiday), 2007 Gouache sur papier, 71 x 59 cm Collection privée)

Par la suite, nous passons à un autre sujet et partons des premières salles peintes en bleu foncé aux deux dernières peintes en bleu ciel et en blanc. Dans la salle bleu ciel, le sujet est la représentation des paysages marins et océaniques sur des tableaux peints par des artistes ayant vécu dans la région de la Côte d’Opale (un bon point pour le musée qui expose notre fierté régionale aux visiteurs).

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(Gustave Colin, Bateau dans la tempête, vers 1870, Huile sur toile, 85,2 x 110 cm) & (Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, Huile sur toile, 130 x 193 cm, Collection Musée d’Opale-Sud, Berck-sur-Mer, inv. 992.1.1)

Pour terminer, la dernière salle traite le bleu et le rêve avec des œuvres diverses mais surtout contemporaines avec des tableaux particuliers et des photographies pour le moins originales ainsi que des petites vidéos sur un téléviseur.

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(Jan Fabre, Het Uur Blauw (Arm met slang) (L’Heure bleue (Bras avec serpent)), série L’heure bleue, 1987 Dessin au Bic bleu, 150 x 210 cm Collection FRAC Nord-Pas de Calais, inv. 00.11.1)

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 (Jesús -Rafael Soto, Cube bleu interne, 1976 Peinture acrylique sur bois, métal peint, 50 x 50 x 32 cm Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, inv. AM 2012-111, dation en 2011)

 

Atmosphère : sensations, émerveillement et surprise

Après visite, on ne peut rester de marbre face à cette exposition. Lorsque l’on se lance dans cette exposition, on ne s’attend pas à ce qu’une simple couleur primaire comme le bleu puisse cachent mille trésors. Car c’est un véritable émerveillement qui nous attend et ce dès le début de la visite, lorsque l’on voit les différentes nuances du bleu et la complexité que peut cacher un simple mot.

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Nous avons le droit à l’émerveillement de nos sens principalement visuels avec les œuvres qui sont exposées mais aussi auditifs avec la musique. Même si le bleu reste la couleur centrale, les autres couleurs ne sont pas en reste comme le rouge, le doré, le blanc et le noir qui surgissent également dans les œuvres offrant de magnifiques mélanges visuels (les alliances bleu/doré et bleu/blanc sont les plus marquantes).

L’exposition nous offre également quelques surprises artistiques : la présence de la musique par exemple ; le Néon qui forme le mot « Rien » ; une œuvre conçue entièrement au stylo bic ; des tableaux régionaux ou encore les livres bibliques, parfaitement conservés.

Ainsi, même si la visite n’a rien de sensationnelle, l’immersion dans l’univers de cette couleur froide est pour le moins réussie : nous voyons et découvrons l’origine du bleu, son histoire ainsi que son impact artistique et culturel.

 

Une exposition parfaite ?

A ce stade, on pourrait croire que « Sacrebleu » frôle la perfection hors, il n’est pas rare qu’une exposition possède quelques petits défauts….

La peinture bleu foncé, si elle respecte le thème, cause en retour un aspect sombre à l’exposition qui de ce fait, n’est éclairée que par des spots de lumière. Ces derniers sont parfois mal placer car il suffit qu’un seul visiteur se met devant la lumière pour qu’une œuvre (comme les livres bibliques) se retrouve dans l’ombre et deviennent difficile à visualiser.

Pour terminer, on peut citer le défaut de la dernière salle au sujet du bleu et son rapport au rêve : c’est une salle trop grande pour des œuvres trop petites malgré leur nombre. Encore une fois de nombreuses raisons peuvent confirmer cet agencement mais notre liberté d’expression ne peut passer à côté de cela.

 

Que retenir alors ?

Le bleu est une couleur qui recèle bien des surprises, elle fait partie des trois couleurs primaires qui a suscité l’intérêt des artistes à différentes époques et sous différents points de vue. Globalement positif, on peut donc dire que l’exposition du Musée des Beaux-Arts d’Arras est une réussite critique et artistique.

A aller voir donc !

 

Sources:

Photos prises durant l’exposition

 

BOULARD Océane

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