« Digital Natives » : une dénomination utilisée à tort ?

Ils sont nés entre 1980 et 2000, ont grandi avec le développement de l’Internet qu’ils utilisent quotidiennement et naturellement : ce sont les « Digital Natives ».

Mais ce terme, utilisé pour la première fois en 2001 par Marc Prensky, est-il réellement généralisable ou s’agit-il juste d’une étiquette ?

digital natives
©Peace Child International

Une nouvelle génération…

Par le terme de « Digital Natives », Mark Prensky a voulu mettre en avant une génération native du numérique, des « autochtones » qui ont grandi avec les nouvelles technologies et qui les manient quotidiennement. Il les oppose ainsi aux « Immigrants » constituant la génération précédente et qui entretiennent une relation différente avec le numérique, préférant, par exemple, éditer leurs mails pour les lire.

Selon Claire Lobet-Maris, sociologue aux facultés de Namur, on reconnait ces natifs du numérique par leur rapport à la temporalité: ils zappent, passent d’une page Web à l’autre, communiquent aux quatre coins du monde grâce à Internet… Ce qui prouverait donc l’existence d’un « gouffre » entre ces deux générations, permettant ainsi de les distinguer facilement.

qui ne serait qu’un mythe ?

Cependant, tout le monde n’a pas le même rapport aux outils du numérique. Et cela se voit aussi au sein des « Digital Natives », cette génération du numérique. Ainsi, le terme de « génération » ne semblerait donc pas approprié pour qualifier ces adeptes de technologies. En effet, aujourd’hui, certains adolescents, faisant en principe partie des « Digital Natives », ont un rapport très minime au numérique et n’en ont que des connaissances rudimentaires. Ils font partie de la même génération que les adolescents d’aujourd’hui, mais font-ils vraiment partie des « Digital Natives » ?

Dans un rapport, la fondation ECDL mentionne qu’ « en utilisant les technologies numériques, les jeunes acquièrent des compétences du quotidien (usage des réseaux sociaux, de la vidéo, jeux…), mais n’acquièrent pas les compétences requises sur le marché du travail. ». En effet, vivre avec les nouvelles technologies au quotidien ne veut pas dire savoir les utiliser en totalité, comme le mentionne Jean-Laurent Cassely sur le site Slate, à la suite de ce rapport : « Parce qu’on a tendance à confondre l’exposition aux technologies et la compétence numérique. »  

De plus, étant un terme occidentalisé, « Digital Natives » n’est pas une notion applicable à toutes les personnes du monde entier nées entre 1980 et 2000. Ce qui pourrait soulever l’équation suivante : essayer de connaitre LA bonne définition de cette notion, et de ce fait, interroger sa pertinence.

En effet, plusieurs travaux ont souligné la présence de ruptures au sein des « Digital Natives ». Aux USA, la chercheuse Eszter Hargittai a mené une étude sur un millier d’étudiants en première année universitaire et leur rapport au numérique, prouvant que « les différences de classe et de race pèsent encore sur les pratiques numériques ». En France, Pierre Mercklé et Sylvie Octobre ont questionné quatre mille enfants ayant grandi dans les années 2000, faisant alors partie de ces « Digital Natives » et en sont venus à la conclusion qu’ils « se différencient de moins en moins par la possession et la fréquence d’utilisation d’un ordinateur ; en revanche, ils continuent de se différencier de façon significative par leurs usages de celui-ci », « ce qui condamne une partie importante des prochaines cohortes d’adolescents de milieux populaires à rester des digital immigrants. »

Le terme utilisé par Marc Prensky ne prendrait donc pas en compte toute une génération mais plutôt une culture. En effet, la culture est une chose que chacun peut s’approprier à sa manière, comme l’usage des outils du numériques. Ce qui expliquerait le fait que toute personne, indépendamment de son âge et de son appartenance ou non au « Digital Natives», peut avoir des compétences professionnelles dans le numérique et des facilités quant à son utilisation. Alors qu’une génération semblerait figée au critère de l’âge et supposerait des savoirs naturels et innés, n’autorisant alors aucune rupture comme il en existe chez les « Digital Natives ».

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