Digital Natives : une génération entièrement concernée ?

Selon le chercheur  et enseignant américain, Mark Prensky, « Digital natives » qui signifie « enfants du numérique » en français mais aussi « digiborigènes », est attribué à toutes les personnes nées entre 1985 et 1995, appelée la génération Y. Ceux-ci ont un rapport spécifique, grâce aux technologies, avec divers aspects comme le monde actuel, les marques, les médias, la politique etc. Nous pouvons considérer qu’ils représentent une nouvelle génération pour laquelle le numérique n’est pas inconnu et présente un territoire « natif » dont ils seraient les « autochtones ». Mais les enfants de cette génération, se sentent-ils tous « Digital Natives » ?

Digital Natives - "Enfants du numériques"
© Pixabay – Enfants du numérique.

Mise au point quant au terme de « génération »

Nous avons mis en évidence le terme de génération Y. Mais quel est le sens initial de ce mot ? D’après l’Académie Française, « génération » se définit comme l’ensemble de ceux qui descendent de la même origine, qui vivent à une même époque et qui ont sensiblement le même âge. Et il renvoie aussi à chacune des phases successives qui marquent un changement important dans une technique en évolution. Est-ce pour autant une raison de faire une généralité des jeunes d’aujourd’hui ?

La place primordiale du numérique pour les « Digital Natives »

Ils sont considérés comme des « mutants » ou des « êtres évolués » par Marc Prensky. Ils ont accès à l’information et ont l’habitude de l’immédiateté ce qui les rend hyperactifs. Ils détiennent  un esprit multitâche puisqu’ils ont cette capacité à accomplir des tâches de manière simultanée. Les « enfants du numérique » positionnent le numérique dans une fonction de vecteur principal dans leur vie en général. Alors que d’autres voient Internet comme un simple outil de distraction, l’utilisent avec modération, et n’ont pas encore cette habitude d’aller dans l’immédiat tout rechercher sur Internet -usage que l’on voudrait attribuer à toute cette génération Y-.

Une vision du numérique loin d’être universelle…

Si les personnes de la génération Y ont évolué dans le même environnement, les usages numériques de chacun restent encore hétérogènes pour parler d’une généralité. Cela peut paraître évident mais l’accès à Internet est différent selon l’individu, tout comme l’accès à la culture n’est pas le même pour tous. Toutes les personnes n’ont pas les mêmes moyens financiers, et n’ont pas toutes évolué dans le même milieu social et culturel. Les pays avec la proportion la plus importante d’« enfants numériques » sont pour une grande partie des pays riches avec une forte utilisation d’Internet (selon UPI). En premier pays, se situe l’Islande alors que les États-Unis ne sont que 6ème et la France n’est que 26ème. Non tous les jeunes du monde entier n’ont pas les yeux captivés par les écrans de téléphone, de tablette ou d’ordinateur. Tout le numérique -y compris le Web, les tablettes, les téléphones – est relativement jeune et récent, pour qu’une génération entière s’y soit totalement accommodée.

Digital Native - "enfants du numériques" - "digiborigènes"
© Pixabay – Enfants du numérique

Un mauvais emploi de « Digital Natives »

La notion est critiquée, notamment par la fondation ECDL – qui développe des programmes d’acquisition des compétences numériques-. D’après ses conclusions « le terme « Digital Native » suggère à tort que les jeunes savent intuitivement comment utiliser les nouvelles technologies […] si leur confiance  en eux-mêmes est forte, leur compétence dans l’usage des ordinateurs et d’Internet est loin d’être accomplie […] ». Ajoutant que les compétences qu’ils acquièrent ne sont pas celles du marché du travail, mais celles du quotidien, étant avant tout utiles pour les jeux vidéo ou pour naviguer sur les réseaux-sociaux. Pour cette fondation, tous les citoyens devraient pouvoir développer leur compétence numérique et aucun ne devrait être mis de côté. Cette critique met en avant une confusion créée par les jeunes, qui pensent qu’écrire rapidement des messages, ou que tout connaître des réseaux sociaux est au centre de la compréhension et de l’usage des nouvelles technologies, alors que cela n’est en fait qu’une petite partie. 

Lassitude de porter une « étiquette » pour une partie de la génération

De nombreuses jeunes personnes semblent ressentir une déception d’être toujours « cataloguées » et associées à une génération dans sa globalité. Les jeunes d’aujourd’hui sont majoritairement rangés dans la « case » du « connaisseur du numérique » et dans les clichés générationnels, en raison du fait qu’ils soient nés dans les années 1985-2000. De même, ils sont inscrits dans un ensemble d’usages qu’ils ne connaissent pas ni qu’ils ne cautionnent spécifiquement. Même si les jeunes sont concernés par les nouvelles technologies ils peuvent être en décalage avec les idées reçues. Il va de soi, pour les générations précédentes et même pour une grande partie de la génération actuelle, que tous les individus savent manipuler de la même manière les technologies, alors que cela n’est pas le cas. Tout le monde ne présente pas le même attrait des technologies; quand des jeunes se contentent du minimum, d’autres ont une réelle aisance et manipulent facilement les objets numériques.

Certes, une grande partie des adolescents des années 2000 sont obnubilés par Internet, ces jeunes passent en moyenne 13h30 devant un écran (données hebdomadaires d’Ipsos), mais tous ne sont pas nécessairement des « Digital Natives ». D’après une étude réalisée par le Georgia Institute of Technology et l’International Telecommunication, seulement 30% des jeunes seraient considérés comme des « Digital Natives ».  Nous pouvons nous demander si les « Digital Natives » existent finalement et si ce n’est tout simplement pas une terminologie à la mode…

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