Le livre numérique : une (r)évolution ?

Attendu comme une révolution sans précédent, le livre électronique (ou e-book) était parti pour bousculer le marché du livre. Après le papyrus et le codex, il constitue la troisième étape de l’évolution matérielle de l’objet-livre.

On a pu se demander si cette nouvelle technologie allait faire de l’ombre au grand marché du livre imprimé. Dans les faits, l’écran a-t-il réellement impacté voire remplacé le livre imprimé ? Cette soi-disant révolution a-t-elle vraiment eu lieu ?

Le livre numérique.

Les origines de l’e-book.

Diverses inventions ont permis de donner naissance aux liseuses électroniques (des appareils portables permettant la lecture de livres au format numérique) en raison, notamment, de l’invention de l’encre numérique dans les années 1970. Grâce au codage, le contenu devient numérisé sous forme de fichier. Les ingénieurs ont voulu permettre une lecture qui n’impliquerait pas de passer par l’imprimerie.

20 ans plus tard, on constate l’apparition de nouvelles technologies d’encres électroniques. C’est le cas de l’e-ink inventée par Joseph Jacobson. Ces nouvelles technologies amorceront l’invention des premières liseuses qui date de la fin des années 1990, des machines au prix prohibitif et qui pèseront alors 2 kg. Cette sortie vers la fin des années 1990 et début des années 2000 correspond à la démocratisation d’Internet dans les foyers. En France, l’entreprise Cytale lance dès 1998 une liseuse nommée Cybook, qui est un échec commercial.

Dans les années 2000, la création de liseuses électroniques appelées Kindle par la géante entreprise commerciale Amazon permet aux ventes de ces dernières d’augmenter.

Des ventes mitigées.

Cela dit, malgré ce point positif, le marché de l’e-book connaît une période de balbutiements au niveau des ventes. 114 millions de titres sont vendus en version numérique en 2010 dont 13,6 % de la fiction pour adultes. Aux USA, 12 % des adultes ont une liseuse en 2011. Pour pallier à ces ventes plutôt timides, Amazon lance pour Noël 2 Kindle différents : des liseuses imitant le livre nommées « Kindle Paper White » et des tablettes appelées « Kindle Fire ». Malgré cela, 300 à 350 000 liseuses seront vendues contre 3 à 5 millions de tablettes en 2012, rendant les ventes du livres numériques fastidieuses.

Graphique montrant les parts de marché des différents acteurs de la vente de liseuses et d’e-books au début des années 2010. (source)

L’année 2013 connaît tout de même un certain emballement au niveau des ventes de l’e-book puisque le livre numérique représente désormais 23 % du marché total du livre aux USA. A contrario, des problèmes de droits empêchent une amélioration des ventes en France jusqu’au 21 Mars 2013, date où un accord fut signé entre auteurs et éditeurs sur la cession des droits numériques.  En conséquence, une augmentation du nombre d’ « e-lecteurs » par 3. Les historiens Milad Doueihi et Robert Chartier décrivent respectivement cela comme « une grande conversion numérique » et « une rupture radicale ».

Pourtant, en 2015, on observe une stagnation des ventes voire une chute de celles-ci. Le livre papier n’a pas dit son dernier mot car aucun recul n’est constaté. Au contraire, les ventes de livre papier augmentent de 4 %. Les livres numériques se vendent le plus dans les secteurs d’ouvrages d’actualités ou de best-sellers (tel que Merci pour ce moment de Valérie Trierweiller).

Quelles sont les raisons de ce non-succès commercial ?

Bien que disposant de nombreuses fonctionnalités telles que le dictionnaire, la taille des caractères, les signets comme marque-pages et les surlignements pouvant séduire le consommateur, l’e-book connaît des ventes en deçà des espérances. Plusieurs éléments peuvent expliquer cela. Tout d’abord, un de ces éléments et non des moindres est le prix. Le livre numérique est vendu beaucoup trop cher en France contrairement aux USA où des offres de lancement aux prix cassés sont proposées. De plus, 100 000 titres seulement sont disponibles et proposés dans les bibliothèques, ce qui apparaît comme une offre trop faible. De ce fait, les maisons d’édition ne veulent pas s’investir.

S’ajoute à ces deux éléments de réponse le problème d’interopérabilité des formats. En outre, selon l’appareil utilisé, on ne peut pas acheter n’importe quel format. « Les DRM (Digital Rights Management) sont des verrous numérisés censés protéger les droits d’auteur en interdisant à un utilisateur qui a acheté un produit de pouvoir le dupliquer et le partager. Sauf que cela ne marche pas ». En cause, les protections inefficaces ou encore le coût de ces protections inutiles payé par le consommateur. Cela a constitué un véritable problème dans le cas spécifique des ebooks. L’un des problèmes les plus importants également est le manque d’innovations. Bien que les possibilités soient énormes, dans les faits, elles sont peu exploitées : l’énorme majorité des livres que nous avons aujourd’hui sont des copies du livre papier ou imprimé.

Pour répondre à ces problèmes, plusieurs pistes peuvent être étudiées : d’une part, on a des livres numériques par des éditeurs dits « pure-players » (avec par exemple le studio Walrus). D’autre part, on passe uniquement par des applications multimédias ou des abonnements pour avoir des livres innovants ou enrichis, généralement développés par des éditeurs de jeunesse.

 

Ainsi, nous assistons, certes, à une révolution des structures de support matériel de l’écrit, des pratiques de lecture, du mode de protection et de communication. Cependant, force est de constater que ce qui a été pressenti comme une révolution n’a pas vraiment eu lieu pour ce qui est des ventes et de l’impact de l’e-book sur le marché du livre.

 

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