L’hypertexte de fiction, une révolution éphémère

L’hypertexte de fiction, qu’est ce que c’est ?

Cette forme est arrivée au début des années 1990, avant qu’internet envahisse la population, en 1998. A cette époque, on pensait que les hypertextes de fiction allaient apparaitre comme une révolution de l’écriture, et qu’ils allaient changer la vision de l’écriture pour les lecteurs.  Certaines critiques laissaient penser à la fin du livre et que les récits hypertextuels permettraient de naviguer de façon non linéaire grâce à la technologie. Le premier hypertexte de fiction crée sur internet est www.sunshine69.com

Les hypertextes n’ont pas uniquement un lien avec l’informatique.  On peut en parler comme étant un rapport de dérivation, de transformation ou d’imitation. Plus tard, l’hypertexte a pris un sens technique c’est-à-dire que le document contient des hyperliens  qui permettent d’associer des idées et des unités d’informations de façon non-linéaire. Cela nous fait penser au web qui est un très grand système hypertextuel. Enfin, nous pouvons parler des hypertextes de fiction ou « récits hypertextuels ». C’est une lecture qui n’est pas linéaire et qui est composée de liens reliés les uns aux autres. Il y a une page d’accueil et les lecteurs continuent leur histoire indépendamment. Les pages s’ouvrent au fur et à mesure que les lecteurs lisent leur histoire.

 

Des attentes inespérées ?

« Chacun construit sa propre histoire ». Cela pourrait définir les hypertextes de fiction. Seulement, ce principe de liens qui renvoient à d’autres peut être limité puisque certains sont aléatoires. Le lecteur ne peut pas toujours revenir en arrière et voir l’évolution de son histoire.

10 ans plus tard, on s’est rendu compte que ces récits n’étaient pas à la hauteur des attentes de la population. La révolution n’a donc pas eu lieu. A l’époque on pensait vraiment que cela allait créer un bouleversement, mais ils sont devenus des « légendes » tel les voitures volantes futuristes. Certains auteurs  ont écrit des livres pour critiquer ces hypertextes de fiction. On peut lire« the death of Hypertext » en 2012.

Une collaboration trop compliquée?

Les hypertextes de fiction sont un concept complètement nouveau. Le lecteur progresse seul, à son rythme et dans l’ordre qu’il souhaite. Il doit cliquer sur les liens, changer de page, comprendre comment chacune d’entre elles fonctionnent…

Les efforts du lectorat ne sont pas les mêmes avec un livre et un hypertexte de fiction. Il est vrai que lorsque nous lisons un roman, nous imaginons la scène, les personnages, leur apparence, alors que ce n’est pas obligatoirement décrit. Le lecteur est peu actif, il ne fait pas d’effort intense, c’est naturel pour lui. On appelle cela le principe de l’écart minimal. De plus, le lecteur a juste besoin de tourner les pages et de lire le roman. Tandis qu’avec les hypertextes de fiction, le lecteur doit toujours cliquer, chercher, réfléchir… L’effort et la collaboration du lecteur sont donc importants pour les récits hypertextuels.

On peut qualifier les hypertextes de fiction comme étant des textes infinis puisque les liens et les pages peuvent s’actualiser de manière continue. Pourtant, dans les années 1900, le texte papier infini existait déjà. Nous pouvons retrouver en 1961 Les cent mille milliard de poèmes de Raymond Queneau qui permet au lecteur de composer son sonnet comme il le souhaite avec des milliards de possibilités.

Les récits hypertextuels, « plus on clique, plus ça se complique »

Les auteurs des hypertextes de fiction ont pensé que leurs récits allaient devenir une libération, qu’ils allaient permettre aux lecteurs de s’échapper de la linéarité des textes imprimés. Cependant, les hypertextes se sont montrés illisibles face aux multiples chemins que pouvaient prendre les lecteurs. Ils sont perdus dans les hypertextes de fiction à cause de leur coté aléatoire. Il n’y a pas narration, et les lecteurs ne retrouvent pas de progression dans leur histoire. C’est une expérience de désorientation qui efface les habitudes de lecture, ce qui peut être négatif ou lassant pour  la plupart des lecteurs. Ces derniers n’étaient pas du même avis que les auteurs des récits hypertextuels et préféraient de loin (et c’est toujours le cas) les romans papiers avec un chemin unique, un début, un milieu, une fin et des lignes permettant de comprendre l’histoire sans effort intense.

Une liberté limitée

Le lecteur pense être libre avec les hypertextes de fiction puisqu’il peut cliquer sur les liens qu’il souhaite et accéder à d’autres pages aléatoires. Pourtant, il est vrai que leurs choix sont démotivés puisque le lecteur ne sait pas sur quel page il va arriver. La liberté n’est pas aussi présente qu’elle en a l’air. De plus, le lecteur reste toujours dans l’optique d’une logique narrative naturelle et habituelle. Il est difficile pour lui de s’y détacher ce qui rend la lecture des récits hypertextuels plus compliquée. En effet, il sera toujours à la recherche d’une seule et unique fin, ce qui n’est pas toujours le cas dans les hypertextes.

Les forces de l’hypertexte de fiction

Bien que les hypertextes de fiction soient tous différents, nous retrouvons deux points communs pour chaque qui sont le rapport au jeu et le rapport à la cartographie. Ce sont les spécificités des récits hypertextuels.  Le rapport au jeu fait référence aux livres dont on est le héros que l’on pouvait lire dans notre jeunesse.

On parle du rapport au jeu en pensant également aux jeux de carte, car c’est du hasard, tout comme les liens qui nous emmènent sur d’autres pages aléatoirement. Le rapport à la cartographie, lui, aborde la catégorie de la navigation. Le lecteur voyage à travers les pages, à travers l’histoire et la catégorie du temps peut être plus ou moins effacée. Par exemple, le récit hypertextuel 253 de GeoffRyman reflète ce rapport à la cartographie. Le lecteur voyage avec 253 personnes dans une ligne de métro en les découvrant chacun leur tour, et en dévoilant leur personnalité et leur pensées. Le lecteur traverse les stations, et navigue.

 

L’hypertexte de fiction aurait dû devancer les livres papiers et révolutionner les pensées des lecteurs. À l’inverse, avec sa forme de labyrinthe, il a frustré une grande partie du lectorat. Cependant, il leur a permis de comprendre que les conventions de lecture étaient importantes pour eux et qu’ils n’arrivaient pas à s’en séparer.

 

 

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